Interview réalisé pour le magazine So What
2010

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La culture se cultive! N°131- FEVRIER 2010 - www.poly.fr

T'es qui toi? Une intervention mystérieuse dans l'espace public. A la recherche de son auteur.

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      HUMOUR POST-GRAFFITI

      Les traditionnels graffeurs en prennent pour leur grade. Depuis quelques mois, Chifumi, activiste urbain mulhousien, tourne en dérision les clichés de la culture hip-hop à travers différentes séries de collages pop.

      Il a 22 ans, est originaire de Colmar et a choisi de se nommer Chiumi en référence au célèbre jeu de mains, "pierre, feuille, ciseau". Cet étudiant au Quai, Ecole Supérieure d'Art de Mulhouse, s'est lancé sur la "scène urbaine" il y a six mois. "J'ai été particulièrement sensible à l'esthétique des collages au cours d'un voyage à Ljubljana (Slovénie) où j'ai puisé une inspiration dynamique, impulsive. Les collages étaient posés à des endroits complètements inattendus. En ce qui concerne mes inspirations, je citerais d'abord Alsachérie¹ très actif sur Mulhouse, et Ernest Pignon Ernest² qui, depuis les années 60, a été l'un des initiateurs de la pratique de l'art urbain. Dans mes interventions, je souhaite poser un questionnement et créer un lien avec les gens sur leur parcours quotidien. C'est l'essence même du street-art, bien loin de l'égo trip esthétique du graffiti traditionnel", déclare-t-il. Chifumi dénonce la pratique du tag qui se limite à inscrire son blaze (nom) sur un maximum de surfaces, le street-art allant au-delà d'une simple signature sans véritable réflexion.

      Après quelques premiers collages fougueux, l'artiste s'est investi dans l'humour post-graffiti. Un genre qui se moque des stéréotypes de la culture urbaine. "Je me suis intéressé aux liens du graffiti à la culture hip-hop. Je m'amuse alors à exagérer le style et les messages qui lui sont propres." A travers ses interventions, Chifumi dénonce l'absurdité de codes d'une culture "tribale" que les premiers venus s'approprient, en particulier hors des villes. Une culture largement répandue mais de manière superficielle. En effet, la plupart ne connaissent pas le sens des comportements qu'ils imitent au travers des clips de hip-hop vus sur MTV.

      Jeux de mains

      Premier code de la culture hip-hop détourné: la position des doigts de la main. Leurs différentes combinaisons constituent autant de signes de reconnaissance et d'appartenance à un groupe? Se crée ainsi tout un vocabulaire: identité de crew, salut, cool attitude, insultes… Chifumi les représente sous la forme d'affiches de mains géantes peintes à l'acrylique. "Il s'agit d'un authentique moyen de communication dont je m'inspire dans les collages pour représenter différents signes. Pour perturber les connaisseurs, je déforme les signes classiques pour en créer d'autres qui ne veulent plus rien dire. Les pseudo-adeptes du graffiti se demandent alors quel crew mystérieux se cache derrière ça." En plus de la position des doigts, des messages sont parfois incorporés sur les mains, comme les tatouages des gangstas. "Je suis très attiré par la typographie, donc j'essaye de lier les envies en inscrivant quelques messages sur les mains en fonction de on humeur."

      Jeux de vilains

      Deuxième symbole exploité par Chifumi: les messages violents du délinquant révolté contre la société. Sur ce projet l'a rejoint un associé graphiste, nommé Holram Pictogram. " On reprend des "tags clichés" comme par exemple "Nik la bac". On les imprime en grand format avant de les coller avec une touche très particulière, " Word Art". Ce sont des effets typographiques issus de logiciels de traitement de texte. On les retrouve dans toutes les mises en page de communication populaire: döner kebabs, produits de sous marques. En mêlant cette esthétique particulière à des slogans issus du graffiti "version ghetto", je dénonce l'absurdité et le manque de profondeur du tag à proprement parler." En espérant que la plaisanterie n'en énerve pas trop, Chifumi continue sa comédie urbaine…

      1. http://alsacherie.free.fr ; voir Poly n°121
      2. www.pignon-ernest.com
      Texte: Florian Rivière (www.democratiecreative.com)

      Portrait (gauche): Juliette Riegel


      www.chifumi.fr




    Interview recueillit par la site www.fatcap.org

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      FC : D'où viens-tu Chifumi? Raconte-nous tes débuts et ta découverte du street art.

      C'est il y à 2 ans, lors de mon arrivée à Mulhouse que j'ai poussé la porte du fabuleux monde du graffiti. T'a juste à ajouter l'accent alsacien aux personnage d'une nouvelle de Bukowski pour comprendre directement le ton.C'est une ville "sale" qui à mal vécu l'effondrement de son activité industrielle. Dans les statistiques c'est la ville avec le plus fort taux de petite criminalité mais dans le concret c'est une ville comme toutes les autres, avec ses avantages mais aussi ses défauts. L'ambiance y a toujours été sombre c'est vrai mais très loin des clichés véhiculé par TF1 aux infos, qui font qu'elle est peu à peu devenue le spectre de sa réputation de bad boy. L'ambiance quartier y est omniprésente bien que la masse de production artistique dite "Hip Hop" y soit vraiment clairsemée.

      FC : Qu'est ce qui t'as poussé à créer tout ça ?

      Avant de te fondre dans un milieu et de t'y plaire, il y a toujours un temps d'adaptement. J'en suis vite arrivé à m'exprimer des les rues de cette ville pour m'y intégrer, je voulait y peindre le sentiment d'insécurité qui englobe tous les habitant de Mulhouse. Avec un peu de recul j'ai compris que s'exprimer sur les murs de la ville contribue à agrandir ce sentiment, quoi que tu dessine dans la rue, tu est assimilé à un vandale des quartiers et tous les codes qui s'y rapportent. En exagérant le truc, j'ai collé des affiches véhiculant une certaine esthétique de la violence : signe de gangs, drogue, armes... J'ai peint des mains en référence d'un passage du livre "l'herbe bleue" que j'avais lu dans mon enfance. C'est ensuite devenu ma marque de fabrique.

      CULTURE

      FC : C'est quoi tes goûts en terme de livres et de films (ton meilleur film, meilleur album, et meilleur livre par exemple) ?

      J'ai toujours été fasciné par les beatnik, leur façon d'être en perpétuel mouvement, de refuser tout dogme établit et leur quête d'hédonisme. "La route" de Kerouac à eu beaucoup d'influence sur ma façon de voir les choses. Puis Nietshes et la Bible... Les Throbbing Gristle, Stupéflip, Otto Von Schirach...

      FC : Tes sources d'inspiration ?

      C'est super vaste, je puise beaucoup dans les avant gardes. L'Homme c'est toujours imposé en reniant ses pères et en adorant ses grands pères, dans tous les domaines et à toutes les époques. Les exemples dans l'histoire de l'art son abondant entre DADA, les suprématistes, Fluxus, le minimalisme. Même l'énergie folle et bariolée du Hip Hop s'est imposé dans les 80s sur l'art conceptuel des 70s.
      Je puise le plus dans mes voyages et mon mode de vie, je ne peux pas rester plus de 3 jours dans la même ville et dormir au meme endroit avec les mêmes gens. J'ai besoin de changement permanent.

      FC : Cite nous un artiste ou plusieurs dont tu admires et respecte le travail.

      Marcel Duchamps, Malevitch, Ben, Zevs, Mathew Barney, Genesis P, Orridge, Buren... Il y en à tellement

      STYLE ET FLOW :

      FC : Comment t'organises tu pour réaliser tes collages? Le papier, l'encre? Tu fait tout à la main?

      Pendant plus d'un an j'ai tout peint à la main, au pinceau sur des grands rouleaux de papier. Je traçait à l'aide d'un retroprojecteur. Une technique qui demandait beaucoup de temps et d'espace.
      Ensuite je suis passé dans une phase du tout imprimé, j'en reviens doucement, les teintes noires ne sont pas aussi saturées qu'avec de la peinture. C'est fade et ça devient grisâtre avec le temps.

      FC : Peux tu nous expliquer le rapport entre tes oeuvres, les tatouages et les endroits de la ville ou tu décides de les coller?

      Mes dessins mettent en scènes des bras de gangster effectuants les actions typiques que le passant lambda s'attends a voir lors ce qu'il rencontre une bande de jeune voyous. Ils reprennent les codes de l'inconscient collectif mis en place par les média sur la vie dans les banlieues. Les tatouages sont un langage de communication qui, dans la société occidentale est directement assimilé au milieu carcéral. Ils véhiculent une image: tu peux avoir un dessin de colombe avec un rameau sur l'épaule, ça ne change rien. Le fait d'être tatoué prime sur la nature du motif.
      Ce système m'amusait car il est absurde, J'ai donc inscrit sur mes dessins de bras des tatouages typographiques parlant d'eux même: Révolte, Emeute, Massacre... Ces mots n'ont pas vraiment de corrélation avec les actions des mains, en tout cas je n'y n'attache pas d'importance, bien que le spectateur soit tenté d'y voir un message lié. Libre à lui d'y voir sa propre histoire. C'est ce que j'aime avec les tatouages: finalement on y voit ce que l'ont veux, on est finalement obligé de se projeté à l'intérieur de leur symbolique à travers nos expériences personnelles.
      Je m'arrange pour utiliser le contexte du lieu pour chaque collage, l'idée n'est pas de faire un dessin et d'ensuite réfléchir où le poser mais plutôt l'inverse.

      FC : Peux tu revenir sur ta dernière exposition dont nous avions parlé sur FatCap: http://www.fatcap.org/article/chifumi.html

      Oui, j'ai eu l'occasion d'exposer mon travail à la galerie "Le Truc" en aout dernier. C'était pour moi l'occasion de me poser tout un tat de questions sur l'assimilation des art "urbains" en galerie et de pouvoir montrer d'autres pièces que mes mains. La plupart des oeuvres présentées avaient comme problématique le point de vu entre artiste urbain / vandale. C'était une façon pour moi de vraiment me démarquer du milieu du hip hop et de dénoncer la difficulté de renouveau d'un courant qui fête bientôt ses trente ans.

      FC: Tu a réalisé spécialement pour cette interview un mur bien spécial. Peux tu revenir sur la démarches et sur les tensions interne à notre mouvement que tu as voulu mettre en exergue? Notamment la dualité exposition en galerie et graffiti hardcore...
      J'ai représenté une scène de Hold Up sur un centre d'art. C'est donc un artiste urbain qui prend en otage un lieu institutionnel d'art contemporain. Tout cela en référence aux questionnement entre les passages de street artistes de la rue vers la galerie. Il existe des rapports de forces entres les 2 esthétiques bien qu'à l'heure actuelle, beaucoup d'artistes dits "urbains" ont continué leurs chemins dans la galerie. Certain même n'ont plus du tout d'activités artistiques en dehors des whites cubes. La galerie deviendrait donc une suite logique d'expression pour le street art? Les oeuvres ne sont plus dans la rue mais basent leurs fondement esthétique à partir des codes urbains développé depuis ces 30 dernière années.
      D'autres irréductibles ne considère que d'un mauvais oeil tout rapprochements possibles avec les institutions, au nom d'une "street credibility".
      Il existe clairement des tentions dues au fait que les frontières entre les circuits de l'art contemporains et le street art se sont disloquées. Les pionniers du street arts sont de nos jours entièrement aspiré par le marché de l'art; bien loin de leurs idéaux premiers d'expression ouverte et gratuite sur le monde. Le graffiti à c'est propagé aussi rapidement à travers le monde et depuis Brooklin au début des année 80 car il apportait un souffle nouveau dans le monde de l'art, entre autre car il avait le don d'être totalement émancipé de toute valeur marchande. Dans un sens on peut le comparer aux premières expérimentations d' "art action" d'Alan Kaprov.

      OPINION/ANALYSES

      FC : Qu'est ce qui fait pour toi qu'une pièce est réussie?

      Nicolas Bourriaud dans sa définition de l'art met en avant les liens que nous mettons en place avec notre perception du réel. Je suis d'accord avec cela. Dans l'espace urbain, j'aime faire résonner les pièces avec le lieux, prendre en compte leur contexte social mais aussi architectural. Intriguer le spectateur est important aussi, lorsque je colle des signes de gangs qui sont généralement abstrait, on ne comprend pas ce qu'une image comme celle là fait dans la rue. On ne possède pas forcément des bons outils de compréhension picturale. Je considère qu'une de mes pièces est réussis lors ce qu'une de mes image épouse parfaitement le lieux, qu'on ne l'imagine plus sans mais qu'en même temps on ne comprenne pas vraiment son fondement.

      FC : Quelle serait pour toi l'ultime reconnaissance ?

      Hahaha Je travail depuis quelques temps sur le "sandwich Chifumi", je serais des plus comblé si Joel Robuchon le mettait en scène dans une de ses émission culinaires.

      FC :  Comment définirais-tu le millieu de l'art?

      Pour moi c'est un monde plein de rencontres, et puis c'est super pour se faire des filles ;)

      FC : Des projets à venir ? Apparemment tu voyages beaucoup en ce moment.

      Depuis mon retour de voyage, je travail à une série d'impressions sérigraphies, des sculptures, des masques. L'hiver est rude dans l'est de la France, j'ai toujours été une flipette avec les climats hardcore donc je met en stand-by ma carrière de street artiste en attendant le redoux. J'ai intégré le staff de l'association Démocratie Créative, on prépare des gros évènements pour cette été / automne. C'est toujours enrichissant de passé de l'autre coté de la barrière entre artiste et organisateur.

      FC : Le mot de la fin, dédicaces ?

      Un grand merci aux malabars d'avoir gardé des tatouages à l'intérieur


  • L'ALSACE / Colmar Samedi 20 Février 2010

    STREET ART: la tombola géante de Chifumi



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      Le 15 février dernier, l'artiste Chifumi a accroché ou « posé » 80 mains sérigraphiées dans le centre ville de Colmar. En soulevant ces œuvres d'art, le passant pourra découvrir des tickets de tombola dont cinq gagnantes. Le cadeau ? Une œuvre du street artiste et la possibilité de devenir son prochain modèle. Si l'expérience colmarienne séduit un public, le plasticien la recommencera à Strasbourg et Mulhouse.

      Mais qui se cache derrière ce nom assez croquignolesque ? Un jeune homme de 23 ans, colmarien, étudiant dans une école d'art, qui souhaite entretenir le mystère sur sa personne. Passionné de street art depuis longtemps, il s'est lancé dans la création et l'intervention urbaine il y a un an. Avec un regard assez moqueur et critique sur le mouvement hip hop des graffeurs, dont il a longtemps fait partie : « Le graffiti est mort. Il n'a plus aucun intérêt. Je le plagie dans mon travail », affirme-t-il.

      A coté de cela, Chifumi explore d'autres formes artistiques et notamment les nouveaux médias (site internet, gifs animés…). Il décline aussi sa main en objet, tableau en bois peint.

      ART AU LES MAINS : CHIFUMI

      Depuis le 15 février, 80 mains sérigraphiées s'accrochent aux murs de Colmar. Derrière, des tickets de tombola géante. Et encore derrière, Chifumi, artiste urbain.

      Il a 23 ans et se promène dans la vie avec une belle assurance, enthousiaste et revigorante. Etudiant dans une école d'art dont il veut taire le nom, ce Comarien dit « se considérer déjà comme un artiste » Prétentieux ? Agaçant ? Eh ben non.

      On ne saura rien d'autre sur lui car le garçon cultive le secret. « Je n'ai pas envie de tout balancer d'un coup, je préfère que les gens se demandent qui est derrière ce que je fais ». Seule info : il s'est « construit une identité » en se baptisant Chifumi, en référence au jeu « feuille-ciseau-caillou » (voir encadré) et en lien avec son travail sur les mains. « Je bosse sur les sous-cultures et notamment sur le langage visuel des mains. Ces signes de rassemblement adoptés par les gangs, les rockeurs et d'autres. Abusé, l'importance de ces codes ! »

      Chifumi s'inscrit dans le mouvement du « street art » dont le principe est d'intervenir légalement ou pas dans le milieu urbain. Venu de la culture hip hop, il la caricature aujourd'hui estimant que les graffeurs n'ont pas su se renouveler.

      Provoquer la discussion

      Le dernier projet du jeune homme l'a conduit à poser 80 mains sérigraphiées au centre de Colmar, avec, cachés derrière, des tickets pour participer à une tombola urbaine gratuite. Cinq tickets sont gagnants ; deux ont déjà été trouvés. Ils vous font décrocher une sérigraphie de l'artiste et la possibilité de devenir son prochain modèle.

      Chifumi précise qu'il a choisi pour son accrochage des endroits « qui ne gênent personne pour respecter la ville ».

      Le plasticien explique qu'il « se base sur l'esthétique relationnelle » concept inventé par un commissaire d'expos, Nicolas Bourriaud (dans une analyse du développement de l'interactivité dans l'art). « Ce qui m'interesse, c'est de créer du lien, d'ajouter un élément perturbateur au quotidien des gens pour provoquer la discussion ».

      Chifumi se dit aussi intéressé par la question de la durée de vie de ses œuvres. Forcément éphémères. « Trois ou quatre mois. Ca me suffit ». Surtout à Colmar, à en croire le jeune homme : « Cette ville est tellement attaché a son centre coquet, que tout est très vite arraché. Je fais des accrochages depuis un an et il ne doit en rester plus qu'un ou deux. Du coup, je vais à Strasbourg et Mulhouse ».

      Chifumi avance ses références : Mesnager, l'inventeur du fameux corps blanc, Banski ou Zevs.

      Si la tombola colmarienne trouve un bon écho auprès du public, Chifumi réitéra l'expérience à Strasbourg et Mulhouse. « C'est du boulot et c'est interdit. Il y a un tas de barrières qui me disent :Ne le fais pas. Mais j'ai quand même envie ».

      Annick Woehl
      Cf. Photo: L'artiste urbain Chifumi propose une grande tombola (gratuite) avec l'accrochage de 80 mains sérigraphiées et signées.
      Chifumi et l'une de ses 80 sérigraphies; le signe de la main est une invention
      (Photo L'ALSACE- Denis Sollier