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La culture se cultive! N°131- FEVRIER 2010 - www.poly.fr
T'es qui toi? Une intervention mystérieuse dans l'espace
public. A la recherche de son auteur.
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HUMOUR POST-GRAFFITI
Les traditionnels graffeurs en prennent pour leur grade. Depuis quelques mois, Chifumi, activiste urbain mulhousien, tourne en dérision les clichés de la culture hip-hop à travers différentes séries de collages pop.Jeux de mains
Premier code de la culture hip-hop détourné: la position des doigts de la main. Leurs différentes combinaisons constituent autant de signes de reconnaissance et d'appartenance à un groupe? Se crée ainsi tout un vocabulaire: identité de crew, salut, cool attitude, insultes… Chifumi les représente sous la forme d'affiches de mains géantes peintes à l'acrylique. "Il s'agit d'un authentique moyen de communication dont je m'inspire dans les collages pour représenter différents signes. Pour perturber les connaisseurs, je déforme les signes classiques pour en créer d'autres qui ne veulent plus rien dire. Les pseudo-adeptes du graffiti se demandent alors quel crew mystérieux se cache derrière ça." En plus de la position des doigts, des messages sont parfois incorporés sur les mains, comme les tatouages des gangstas. "Je suis très attiré par la typographie, donc j'essaye de lier les envies en inscrivant quelques messages sur les mains en fonction de on humeur."Jeux de vilains
Deuxième symbole exploité par Chifumi: les messages violents du délinquant révolté contre la société. Sur ce projet l'a rejoint un associé graphiste, nommé Holram Pictogram. " On reprend des "tags clichés" comme par exemple "Nik la bac". On les imprime en grand format avant de les coller avec une touche très particulière, " Word Art". Ce sont des effets typographiques issus de logiciels de traitement de texte. On les retrouve dans toutes les mises en page de communication populaire: döner kebabs, produits de sous marques. En mêlant cette esthétique particulière à des slogans issus du graffiti "version ghetto", je dénonce l'absurdité et le manque de profondeur du tag à proprement parler." En espérant que la plaisanterie n'en énerve pas trop, Chifumi continue sa comédie urbaine…
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L'ALSACE / Colmar Samedi 20 Février 2010
STREET ART: la tombola géante de ChifumiLe 15 février dernier, l'artiste Chifumi a accroché ou « posé » 80 mains sérigraphiées dans le centre ville de Colmar. En soulevant ces œuvres d'art, le passant pourra découvrir des tickets de tombola dont cinq gagnantes. Le cadeau ? Une œuvre du street artiste et la possibilité de devenir son prochain modèle. Si l'expérience colmarienne séduit un public, le plasticien la recommencera à Strasbourg et Mulhouse.
Mais qui se cache derrière ce nom assez croquignolesque ? Un jeune homme de 23 ans, colmarien, étudiant dans une école d'art, qui souhaite entretenir le mystère sur sa personne. Passionné de street art depuis longtemps, il s'est lancé dans la création et l'intervention urbaine il y a un an. Avec un regard assez moqueur et critique sur le mouvement hip hop des graffeurs, dont il a longtemps fait partie : « Le graffiti est mort. Il n'a plus aucun intérêt. Je le plagie dans mon travail », affirme-t-il.
A coté de cela, Chifumi explore d'autres formes artistiques et notamment les nouveaux médias (site internet, gifs animés…). Il décline aussi sa main en objet, tableau en bois peint.
ART AU LES MAINS : CHIFUMI
Depuis le 15 février, 80 mains sérigraphiées s'accrochent aux murs de Colmar. Derrière, des tickets de tombola géante. Et encore derrière, Chifumi, artiste urbain.
Il a 23 ans et se promène dans la vie avec une belle assurance, enthousiaste et revigorante. Etudiant dans une école d'art dont il veut taire le nom, ce Comarien dit « se considérer déjà comme un artiste » Prétentieux ? Agaçant ? Eh ben non.
On ne saura rien d'autre sur lui car le garçon cultive le secret. « Je n'ai pas envie de tout balancer d'un coup, je préfère que les gens se demandent qui est derrière ce que je fais ». Seule info : il s'est « construit une identité » en se baptisant Chifumi, en référence au jeu « feuille-ciseau-caillou » (voir encadré) et en lien avec son travail sur les mains. « Je bosse sur les sous-cultures et notamment sur le langage visuel des mains. Ces signes de rassemblement adoptés par les gangs, les rockeurs et d'autres. Abusé, l'importance de ces codes ! »
Chifumi s'inscrit dans le mouvement du « street art » dont le principe est d'intervenir légalement ou pas dans le milieu urbain. Venu de la culture hip hop, il la caricature aujourd'hui estimant que les graffeurs n'ont pas su se renouveler.
Provoquer la discussion
Le dernier projet du jeune homme l'a conduit à poser 80 mains sérigraphiées au centre de Colmar, avec, cachés derrière, des tickets pour participer à une tombola urbaine gratuite. Cinq tickets sont gagnants ; deux ont déjà été trouvés. Ils vous font décrocher une sérigraphie de l'artiste et la possibilité de devenir son prochain modèle.
Chifumi précise qu'il a choisi pour son accrochage des endroits « qui ne gênent personne pour respecter la ville ».
Le plasticien explique qu'il « se base sur l'esthétique relationnelle » concept inventé par un commissaire d'expos, Nicolas Bourriaud (dans une analyse du développement de l'interactivité dans l'art). « Ce qui m'interesse, c'est de créer du lien, d'ajouter un élément perturbateur au quotidien des gens pour provoquer la discussion ».
Chifumi se dit aussi intéressé par la question de la durée de vie de ses œuvres. Forcément éphémères. « Trois ou quatre mois. Ca me suffit ». Surtout à Colmar, à en croire le jeune homme : « Cette ville est tellement attaché a son centre coquet, que tout est très vite arraché. Je fais des accrochages depuis un an et il ne doit en rester plus qu'un ou deux. Du coup, je vais à Strasbourg et Mulhouse ».
Chifumi avance ses références : Mesnager, l'inventeur du fameux corps blanc, Banski ou Zevs.
Si la tombola colmarienne trouve un bon écho auprès du public, Chifumi réitéra l'expérience à Strasbourg et Mulhouse. « C'est du boulot et c'est interdit. Il y a un tas de barrières qui me disent :Ne le fais pas. Mais j'ai quand même envie ».
Annick
Woehl
Cf. Photo: L'artiste urbain Chifumi propose une grande tombola (gratuite) avec l'accrochage de 80 mains sérigraphiées et signées.
Chifumi et l'une de ses 80 sérigraphies; le signe de la main est une invention
(Photo L'ALSACE- Denis Sollier